Femme, ouvrière, immigrée : une triple peine ?

ILLUSTRATIONLes combats féministes mis en lumière et en débat Mimouna Hadjam, une militante féministe œuvrant avec son association Africa dans un quartier populaire de La Courneuve, est venue mettre en discussion certaines de problématiques sexistes présentes sur le terrain, au quotidien. Vous pouvez retrouver la vidéo de la

cottonférence, avec les riches débats qui se sont engagés, sur notre chaine YouTube. Vous trouverez aussi, ci-dessous, quelques extraits des écrits d’élèves d’une classe de seconde rédigés à l’issue de la cottonférence.

Extraits des écrits des élèves 

« (…) La Courneuve est le lieu où a été créée Africa, association dont fait partie MimounaHadjam. Elle est née dans le nord de la France, dans une famille algérienne. A l’âge adulte, elle a travaillé dans une usine de gâteaux où, si elle tardait, elle avait une sanction. Dans cette usine, Mimouna prit pour la première fois conscience de l’inégalité entre les hommes et les femmes, où les contremaitres abusaient des femmes, c’était le droit de cuissage. De plus, on leur donnait des numéros de matricule, ce qui signifiait que les ouvrières n’étaient pas considérées comme des êtres humains, mais comme des objets.Avec du recul, Mimouna vit ce traitement imposé aux femmes comme une normalité et décida de devenir féministe.(…) »
« ( …) Pour nous faire comprendre à quel point les femmes sont asservies et sculptées par les hommes, Mimouna nous donna un terrible exemple : l’excision. Une opération qui consiste à enlever le clitoris, organe donnant le plaisir sexuel à la femme. Ma première réaction fut de fuir cette dure réalité. Ensuite, ce fut de crier haut et fort que je trouvais cette opération contre-nature. Sauf erreur de ma part, Mimouna nous a expliqué que cet acte barbare est fait dans certains pays africains au nom de la religion. (…) Mais cet exemple donné n’est malheureusement pas le seul qui existe dans le monde. En effet, en France, durant la Renaissance, l’homme inventa la corset, un objet qui pouvait s’apparenter à une machine à torture, qui permettait de façonner le corps de la femme, d’amoindrir ses gestes, sa respiration, sa liberté. (…) »
« Ce qui m’a marquée le plus, c’est lorsqu’elle a parlé de l’excision. Je ne pensais pas que cette pratique barbare existait encore de nos jours, bien que cette tradition ait été abolie dans plusieurs villages. J’ai été encore plus surprise lorsqu’elle nous a confié avoir discuté de tout cela dans son association et que les femmes ne s’y opposaient pas toutes, sous prétexte qu’il faut respecter les traditions et que les femmes chargées de l’excision se retrouveraient sans travail. Il s’agit là d’un nombre important de petites filles qui meurent suite à cette mutilation. Mais ce qui m’a vraiment choquée, c’est lorsqu’elle nous a expliqué qu’une clinique en Italie avait tenté de démocratiser cette opération grâce à une anesthésie. Bien sûr, cette clinique a dû très vite fermer suite à la polémique que cela a créée. Bien que ce soient les femmes qui sont chargées de l’opération, ce ne sont certainement pas elles qui l’ont imposée. En réalité, ce sont les hommes qui l’ont mise en place, pour priver la femme du plaisir, comme si elles n’en avaient pas le droit.Cela est un exemple parmi tant d’autres de la soumission de la femme face aux hommes.Durant la conférence, j’ai remarqué que des filles et des garçons n’étaient absolument pas choqués par tout cela et j’ai réalisé à quel point cette conférence pouvait être importante afin que les choses ne deviennent pas une norme. »
« Un autre problème a été soulevé, celui du voile dans notre société. Jusque-là, le voile ne me posait aucun problème tant qu’il n’était pas intégral, mais l’intervenante nous présenta les choses autrement, sous une forme différente. Prenons d’un côté l’excision, imposée aux femmes dans certains pays, et de l’autre côté le port du voile qui parait du coup somme toute anodin, comparé à un acte d’une telle barbarie.Mais, au fond, les deux choses se rapportent au patriarcat et sont étroitement liées. En effet, pourquoi le voile ne devrait être porté que par les femmes ? (…) »
« Il y a cependant un sujet avec lequel je n’étais pas d’accord avec la féministe. En effet, celle-ci disait que le voile est un signe d’infériorité de la femme. Je suis totalement en désaccord avec elle. C’est parce que des femmes comme Mimouna décrète ce genre de choses que les gens sont contre le voile. Ce n’est pas parce que les hommes ne portent pas le voile qu’il y a un rapport de valeur. La différence ne veut pas dire l’inégalité. Les hommes aussi portent un « turban », est-ce pour autant que les hommes sont inférieurs aux femmes ? (…) »
« (…) D’après moi, il était primordial que MimounaHadjam nous explique son combat et ses convictions.Car oui, nous sommes la jeunesse, une jeunesse qui doit apprendre à se construire avec l’acceptation et le respect d’autrui.Nous sommes ceux qui construisent le monde de demain, et nous nous devons donc d’apprendre et de connaitre ces situations pour mieux les combattre et les changer.En somme, ce fut une conférence très instructive. Mimouna nous a parlé sans tabous et sans barrières, de manière crue et réelle, tout comme les situations qu’elle a décrites.Nous avons appris de nombreuses choses, et avons pu échanger, débattre, et poser de nombreuses questions sur ce que nous ne comprenions pas. Nous avons appris à mieux nous défendre contre les idées sexistes de notre société.Où est l’importance de tout cela ? Eh bien, nous sommes cette future société, et nous en sommes déjà partie intégrante ! »

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